L'intelligence d'adaptation

 
Qu'est ce que l'intelligence ? 
Bien vaste notion qui mériterait un dossier complet. Pour André Gide "c'est la faculté d'adaptation". Partons de cette définition. L'humain ou l'animal capable d'ajuster son organisme interne à des événements et des conditions qui lui sont extérieures serait alors douée d'une certaine intelligence. Pour reprendre l'exemple de Rousseau, distinguons les comportements d'un chat et d'un homme. Dans un monde félin imaginaire ou il n'y a plus de quoi manger, toutes les habitudes félines sont bouleversées. Il ne reste dans ce monde qu'une quantité faramineuse de fruits. Le chat est-il capable de modifier ses habitudes alimentaires pour sa propre survie ? S'adapterait-il a cet environnement extérieur ? Non ! L'humain quant à lui serait bien moins peiné, il s'adapterait à toutes formes de compromis car il possède cette conscience lui permettant de protéger son espèce. La définition semble alors pertinente. L'adaptation est-elle pour autant la forme la plus aboutie d'intelligence ? 
 
L'intelligence est un mot qui chante plus qu'il ne parle !
Ce terme est imprégné positivement jusqu'à la moelle ! On entend souvent dire : "Ah oui untel est intelligent : il est cultivé, a l'écoute des autres et en plus il peint très bien". Peut on réduire l'intelligence a une liste de compétences ? L'intelligence est une enveloppe  mystique remplie par des qualités subjectives qu'autrui a bien voulu nous concéder. Pour reprendre la pensée weberienne c'est la croyance que porte un individu sur cette qualité extraordinaire que possède l'autre sans réellement pouvoir la quantifier précisément ni même la jauger. Beaucoup de personnes sont alors intelligentes dans notre imaginaire, douée de cette faculté presque céleste ! Est-ce positif ? 
 
S'adapter pour mieux régner ?
En assimilant le bon et le juste à cette faculté nous confectionnons une idée trompeuse. Dans un monde purement humain sans chat, ni fruit, l'humain intelligent s'adapte au monde qui l'entoure. Il calcule ses faits et gestes pour mieux prévoir les conséquences de ses actes. Il communique différemment à son interlocuteur pour l'appâter. Il peut manipuler les psychologies qui l'entoure pour mieux servir ses intérêt ! Dans ces conditions un homme intelligent est un homme qui peut être immoral justement parce qu'il n'a pas une morale intangible mais muable, évolutive cherchant à englober celles des autres. C'est une sorte de caméléon adaptable sur tous les points. L'intelligent paraît aux yeux d'autrui comme ayant une personnalité totalement similaire à la sienne alors qu'elle est à la base compromissoire et radicalement versatile. L'interlocuteur de l'intelligent, estomaqué par la connexion fusionnelle qui s'effectue est alors plus à même de servir les intérêts de ce dernier ou de le servir tout court ! L'intelligent peut être amené d'ajuster son comportement lorsque la nécessité le commande et que sa victime semble se dérobée. L'intelligence d'adaptation est cruelle. Elle est aussi cruciale car omniprésente dans une société comme la nôtre ou les individus cherchent sans cesse l'approbation d'autrui.
 
La montée de cette intelligentia d'adaptation chez chacun d'entre nous est surement lié à l'individualisme. Mais cette forme d'intelligence embrasse bon nombre de secteurs dans notre société. Ainsi l'offre politique s'adapte à la demande électorale pour recueillir le plus grand nombre de voix. Le commerçant adapte son offre de marchandises pour satisfaire le client. L'homme adapte sa séduction au profil de sa proie féminine... Tout est adaptation ! 
 
Amis de l'intelligence : mon but n'est pas de vous écœurer de la notion mais essayer de montrer une de ses subtilités. Partons du postulat que l'intelligence se résume à cette signification, alors je préfère ne pas l'être ! Etre con, mais un con libre et heureux garant de sa propre morale. 
 
Hédonique
 
Le petit mot de Singe Thomas d'Aquin : "Belles paroles mais sachez que si je ne m'étais pas adapté quand je suis arrivé dans la jungle j'aurais sans doute été renié par mes congénaires. Je m'en serais pas tapé 2 par jours non plus... Et oui ! Même chez les animaux séduction est adaptation !"